Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 21:17

  C'est dans la poche

 

 

Publié pour la première fois en 2006 en France chez Bragelonne 

Présente édition parue en France en 2007 chez J’ai Lu, 288 pages

Couverture : Studio de création « Passe moi le sel »


Je ne m’étendrai pas sur l’aspect visuel de la couverture, qui manque de finesse à mon goût. Je comprends pour le rouge, qui fait ressortir l’ouvrage sur les tables bien chargées des librairies, mais pour le titre et la mention explicative…Je m’explique : L’auteur, Mr Sadoul, a eu du mal à trouver un éditeur pour publier ce livre, qui n’est pas mauvais, loin de là. Alors pourquoi ? Simplement parce que, comme on lui a dit : « Mr Sadoul, le grand public ne vous connaît pas, à part peut être une poignée d’amateurs de science-fiction… » Résultat : Le seul éditeur qui a accepté de le publier, Bragelonne, est spécialisé dans la science-fiction et Fantasy.

L’ironie de la situation, c’est que si le « grand public », ne connait pas Jacques Sadoul, il connait sûrement la maison d’édition de livres de poche « J’ai lu ». Or, il se trouve que Jacques Sadoul a été pendant 30 ans directeur littéraire chez « J’ai lu », toutes collections confondues.

 

Je ne sais pas si cet ouvrage s’est bien vendu (si quelqu’un peut me renseigner il sera le bienvenu), mais ce qui est sûr, c’est que la couverture a certainement contribué à éloigner des lecteurs potentiels. Je m'explique :   

La petite note explicative sous le titre : « Souvenirs science-fictifs et autres » : Le passant qui s’arrête devant cette couverture ne retiendra que l’allusion à la science-fiction, alors que les souvenirs qui s’ y rapportent représentent à peine ¼ du livre. Au final, celui qui exècre la science-fiction passera son chemin, et celui qui aime ce style sera déçu.

 

J’aurai plutôt vu un titre du style « 30 ans  à la tête des collections de « J’ai lu » , Jacques Sadoul raconte », ou alors « J’ai lu », une histoire d’amour de 30 ans. Comme arrière plan, une mosaïque composée de toutes les couvertures des best sellers sortis à l’époque de J. Sadoul, en bicolore rouge et blanc, si on tient absolument à cette couleur…, bref, quelque chose de parlant pour le « grand public », qui est justement la cible de « J’ai lu ». Je suis sûre que ces mémoires auraient intéressé les amoureux de la lecture et des livres de poche, et pas seulement les fans de science-fiction.

 

Passons au contenu :

 

Arrivé à Paris en 1956 à 22 ans, Jacques Sadoul fait ses premiers pas dans le monde de l’édition avec des  écrits publiés dans Hitchcock magasine, des éditions Opta.  Très persévérant, il finit par convaincre Maurice Renault, directeur d’Opta et grand amateur de littérature policière, de créer une collection de science-fiction. le « Club du livre d’anticipation » est né. Nous sommes en mail 1965 et  à cette époque ce style de littérature était à peine connu en France, et les textes disponibles, en provenance des pays anglo saxons, rarissimes. L’originalité de cette collection reposait sur la publication de textes inédits en France rédigés par de grands auteurs en pleine ascension aux USA tels que Asimov. La présentation luxueuse, avec couverture toilée, était également novatrice à cette époque. Le succès fut immédiat.

 

Après ce premier coup de génie, Jacques Sadoul arrive chez « J’ai lu » et crée la première collection de science-fiction en format poche en 1970, publiant des rééditions, mais également des nouveautés, ce qui était très audacieux à cette période.

Nous passons ensuite dans les coulisses du travail de directeur éditorial grâce  à quelques exemples de best sellers tels que Kramer contre Kramer, 37°2 le matin, les nuits fauves,..lancés soit grâce à beaucoup de travail, soit à un très bon flair, ou encore, comme le reconnaît l’auteur, au plus grand des hasards.

Jacques Sadoul présente également ses rencontres, parfois cocasses, avec des personnalités aussi différentes que  Marcel Dassault, Arlette Laguiller, ou encore Barbara Cartland.

 

On apprends également énormément de choses sur les rouages d’ une maison d’édition, et on découvre aussi l’audace dont a fait  preuve Jacques Sadoul en lançant pour la première fois en France de nombreuses idées de collections reprises depuis par toutes les maisons d’éditions spécialisées dans le format poche : Les collections de « livres pratiques », la collection « Librio » à prix réduit, les mangas,…La naissance de toutes ces idées est expliquée dans ce livre.

 

 Jacques Sadoul évoque sa rencontre avec Jacques Bergier, Van Vogt, Clifford.D.Simak, ses visites aux plus célèbres conventions de SF de la planète, ainsi que quelques informations concernant l’écriture de ses propres livres, notamment ses sources d’inspiration pour les paysages de la trilogie du domaine de R. On peut toutefois regretter qu’il n’y ait pas une ligne sur le lancement chez « J’ai lu » de la revue « Univers », anthologie périodique au format poche de textes anglo-saxons et français, crée en 1975, avec un numéro par trimestre jusqu’en 1980, puis un par an jusqu’en 1990.

 

Ce bouquin est émaillé d’une multitude d’anecdotes, on y trouve également beaucoup de digressions portant sur notre société actuelle, qui vont du 11 septembre 2001 à « Loft story » en passant par des notes de voyage  à Cuba, le sport, la prononciation du mot « Gerssss », etc. Elles n’ont pas de rapport direct avec le monde de l’édition, mais permettent de mieux cerner la personnalité du bonhomme. J’y reviendrai plus tard.

Entré chez « J’ai lu » le 1er avril 1968, il en ressort en janvier 1999 après une carrière bien remplie, pour prendre sa retraite et rejoindre le Gers, sa terre natale, ou il peut enfin se consacrer à temps plein à l’écriture, entre autres.

 

Le livre contient en encart central les photos couleurs des couvertures les plus célèbres de  « Jai lu » pendant la période Sadoul, ainsi que, pour terminer en beauté, quelques phrases très cocasses relevées par son assistante tout au long de leur collaboration. Chaque chapitre est consacré à une année marquante dans sa carrière, et on y trouve en premières pages les principaux faits de société ou œuvres qui l’on frappé.

 

 

Au final, un document précieux pour les livrophages, au vu des informations dévoilées sur le métier de directeur de collection, mais également intéressant car il nous dévoile un personnage très attachant, plein d’humour, humain, qui fait preuve de bon sens, lucide, agissant avec beaucoup de tact dans certaines situations délicates, tourné vers l’avenir, et toujours en prise avec notre époque actuelle.

Ce petit livre se lit très bien, on ne s’ennuie pas une minute. Comme dirait l’autre, « On a tous en (chez) nous quelque chose de « J’ai lu », des lectures qui nous ont marqué profondément. Pour moi, ça a été la découverte de Philippe Djian et de Stephen King. Eh oui, ses tous premiers textes, dont Carrie en 1976, sont parus pour la première fois en France chez J’ai lu, directement en poche, s’ il vous plaît. Si c’est pas du flair, ça…

 

 

Quelques repères chrono :  

   

Naissance de j’ai lu en 1958

J. Sadoul devient directeur littéraire de la collection en 1965

Livre plastic (couverture pelliculée) chez « J’ai Lu » : 1 er livre de poche en 1948

Arrivée des livres de poche sur le marché : Marabout : 1949, Le livre de poche : 1955, "J'’ai lu" en 1958

1970 : Lancement de la première collection de SF en poche chez J’ai lu

1999 : Départ en retraite de Jacques Sadoul

Par La science-fictionaute - Publié dans : Essais
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 22:39

Publicite La Balance, Fiction N°5 avril 54 

 

Voici une intéressante publicité insérée dans le magazine Fiction N°5 d’avril 1954 :

La Balance a été la première librairie spécialisée en Science-Fiction à Paris.

Elle a été créée fin 1953 par une jeune femme, Valérie Schmidt.

 

Cette librairie commercialisait les tous premiers ouvrages SF arrivant en France :

-       La collection « Le Rayon Fantastique », chez Hachette,  crée en 1951

 

-       La collection « Anticipation », au Fleuve Noir, crée en  1951

 

-       La collection « Présence du Futur », chez Denoël, crée en 1954

 

-       Les revues « Fiction » et « Galaxie », crées respectivement en 1953 et 1964

 

-       Des ouvrages d’occasion provenant de bouquinistes installés des quais de Seine

  

Elle a également joué le rôle d’incubateur et de catalyseur dans le domaine littéraire qui nous intéresse, puisque dans l’arrière-salle, un petit groupe de fans se regroupait régulièrement : Jacques Bergier, Philippe Curval, Pierre Versins, Francis Carsac, Jacques Sadoul, Gérard Klein, Jacques Goimard, Alain Dorémieux, Jacques Sternberg et quelques autres. Tous ces noms ont joué par la suite un rôle important dans l’histoire de la Science-fiction en France en tant qu’écrivains, essayistes, éditeurs, et rédacteurs en chef.

En 1954, Valérie Schmidt organise dans la librairie une exposition joliment nommée « Présence du Futur ». Ce titre sera repris par les éditions Denoël pour créer leur nouvelle collection, sans en informer la créatrice de l’exposition, procédé quelque peu cavalier…

En 1957, Valérie Schmidt doit rendre le local à sa propriétaire et déménage la librairie dans un espace beaucoup plus petit, à peine plus grand qu’un couloir, qu’elle a appelé fort judicieusement « L’atome », rue de Seine, toujours à Paris.

Compte tenu de l’étroitesse du local, le petit groupe d’habitués qui avait l’habitude de tenir salon à « La Balance » s’est peu  à peu délité, et la librairie a fermé définitivement en 1962.

Si je trouve une publicité pour « L’Atome », je ne manquerai pas de l’ insérer à ce billet.

Sources :

Bifrost N°46 spécial Gérard Klein, éditions du Bélial,  avril 2007

Histoire de la Science-Fiction moderne Tome 2, par Jacques Sadoul, éditions J’ai Lu, 1975

 Pour en savoir plus :

http://jacques-sternberg-liconoclaste.perso.sfr.fr/vert/bulletin/bulletin0/valerie.html

http://www.liberation.fr/grand-angle/0101516187-le-dejeuner-fantastique

Par La science-fictionaute - Publié dans : Bla Bla
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 21:15
    Fiction tome 13
 
Première publication : septembre 2011, France, Les moutons électriques éditeur
 304 pages
Illustration de couverture par Vincent Gravé
Il s’agit d’un recueil de 15 nouvelles, 3 chroniques et 3 portfolios :
Quatorze de ces nouvelles proviennent du magazine américain « The magazine of Fantasy & Science Fiction » (noté F&SF ci-dessous).
Une nouvelle vient du magazine Fiction (édition française du F&SF américain).
 
Ci-dessous en italique le titre original, la date et le nom de la revue laquelle le texte est paru pour la première fois :
 
Le voyeur  - Jacques Boireau- Fiction N°345, novembre 1983 :
Le narrateur découvre que son voisin de palier est mort depuis deux ans. Il ne le connaissait pas, mais, poussé par la curiosité, il brise les scellés de la porte et entre dans son appartement. Il découvre que son voisin aime, tout comme lui, écrire et lire, des activités plus du tout pratiquées dans la période où se déroule le récit. Il emprunte un carnet intime qui évoque un amour perdu et découvre que le voisin a trouvé le moyen de revivre les meilleurs moments de cette aventure amoureuse…
Ici, l’élément science-fictif est un appareil à voyager dans le temps, aussi courant à l’époque où se déroule le récit que les centres de bronzage artificiel à notre époque. Cet appareil n’est pas décrit, on ne connaît pas son fonctionnement, on sait seulement qu’il est possible de récupérer les disquettes de ce que l’on a vu lors d’un voyage dans le temps.
Le texte est raconté à la première personne du singulier, entrecoupée de passage lus dans le carnet du voisin... Ton, voix très agréable. La fin du récit rejoint son début, il n’ y a que la personne qui change. C’est un récit en boucle qui pourrait ne jamais avoir de fin, à condition d’avoir des voisins curieux…Jacques Boireau est malheureusement décédé.
Comme un éléphant dans un couloir  - Jonathan Carroll – « Fish in a barrel », F&SF octobre 1999 - Traduit de l’américain par Justine Niogret
Un jeune homme entre dans une agence de détectives privés pour retrouver des informations sur sa mère disparue. Kropik, l’homme qui le reçoit, procède toujours de la même façon avec ses visiteurs : Poser un dossier sur la table, faire croire à l’intéressé qu’il sait tout sur lui, et l’ observer avec délice en train de paniquer. Sauf que cette fois, Kropik s’adresse à un autre Kropik (lisez plus en avant, vous comprendrez), et quand le jeune lit le dossier, il réalise que ça n’est pas le sien, mais celui du vieux Kropik qui est en face de lui, et qui devient fou en réalisant son erreur…
 Récit raconté du point de vue du collègue de Kropik, qui assiste  à la scène, et qui déteste son boulot consistant à détruire l’espoir des gens qui s’adressent à eux. Le thème : un homme qui rencontre son double plus jeune, et réalise le parcours – piètre – qu’il a fait dans sa vie.
Ce texte démarre bien, mais s’affaisse un peu vers la fin, abrupte et à mon avis un peu bâclée : Le récit est plus longuement axé sur le contexte et la présentation des personnages que sur les conséquences de la rencontre entre le jeune et le vieux Kropik. On aurait aimé avoir un dialogue entre les 2 personnages sur le contenu du fameux dossier, par exemple…
 
Révélation  - Albert E. Cowdrey - « Revelation », F&SF octobre 2006 - Traduit de l’américain par Annaïg Houesnard
Gorshin est psychologue dans un établissement hospitalier, et traite des malades mentaux toute la journée, dont Uriel, un psychopathe convaincu que la terre est un œuf contenant un bébé dragon sur le point d’éclore. Flee, son collègue, ressent encore un peu de compassion pour ses malades mais cela devient de plus en plus rare. Il anime un atelier d’écriture pour les malades traités par Gorshin et lit un jour le manuscrit d’Uriel, titré « Révélation ». Flee, intéressé par la qualité du manuscrit reçoit Uriel et tente de savoir d’où vient son idée de bébé dragon dans la terre. Uriel parvient à convaincre Flee que son histoire est vraie et Flee devient fou en croyant  à son tour au dragonnet prêt à éclore de la planète Mars.
Un récit intimiste sur les tourments de l’âme, qui n’est pour moi ni de la SF ni du fantastique, et le sujet ne m’intéresse pas tellement, j’ai donc du mal à parler de ce texte.
 
Vigie  - Stephen Dedman - « Vigil », F&SF août 1993 - Traduit de l’américain par Sylvain Berthet
Dans un futur proche, des spectres réapparaissent dans un club de striptease. Ils assistent au spectacle comme n’ importe quel client. Les spectres réapparaissent (humains, animaux dont dinosaures). Ils ne créent pas de panique car leur aspect est très proche de celui des humains, et ne leurs sont pas hostiles.  On ne sait pas pourquoi certains reviennent et pas d’autres, mais ils sont admis dans la société (on les auditionne  lors de procès dans des affaires de meurtre, ils deviennent maires, les victimes de l’Holocauste manifestent contre le nazisme, etc). L’amie du narrateur, stripteaseuse, veut quitter la ville car les morts lui font peur. Le narrateur souhaite rester car il aimerait revoir son père, décédé…
L’histoire est narrée du point de vue d’un employé dont la petite amie est stripteaseuse. Le contexte social est une Amérique ultra-violente, ou chacun est armé, et ou la mort est  à chaque coin de rue. Les morts reviennent ici sans esprit de vengeance envers les vivants, mais essaient de changer pacifiquement le monde dans lequel ils ont vécu.
Quel genre de société avons-nous façonné, et quel monde laisserons-nous aux générations suivantes ? C’est, je pense, la question qui est posée de façon implicite par ce très joli texte, qui change des histoires de zombies bêtes, moches, et décérébrés. C’est peut-être plus du fantastique que de la SF, mais peu importe, c’est ce genre de texte qui me plait le plus : Une histoire bien écrite, distrayante, mais qui, en filigrane, parle de notre société, pose des questions cruciales et fait réfléchir.
 
La vie est belle  - Michaela Roessner - « It’s a wonderful life », F&SF janvier 2008 - Traduit de l’américain par Pierre Varène
Nous suivons Cal, agent d’entretien et ancien vétéran du Viêt-Nam dans un centre militaire. Il sent qu’une expérience importante est en cours mais ignore sa nature. Il constate que plus les jours passent, moins il y a de pièces  à nettoyer, car elles sont mises au fur et  à mesure sous scellés. Il note que certains laborantins disparaissent et ne reviennent jamais….
La fin est assez déroutante, car on imaginait que Cal ne savait rien de ces essais : Un texte bien raconté, mais  à mon avis avec une incohérence vers la fin. Ou alors, c’est moi qui n’ai rien compris.
 
Les sûtras secrets de Cathy Catin  - Paul Di Filippo - « The secret Sutras of Sally Strumpet », F&SF avril 2005 - Traduit de l’américain par Lise Capitan
Riley Small, écrivain en mal de succès, parcourt un jour les rayons de sa librairie et remarque le rayon « Chick lit », la littérature pour filles. Il se dit qu’il serait capable d’écrire un livre de ce style qui lui apporterait une certaine renommée. Il invente donc le personnage de Cathy Catin, jeune femme bien dans sa peau et très sure d’elle qui a décidé d’écrire ses mémoires. Le livre connait un énorme succès, et les radios et TV demandent des interviews à Cathy. Riley est alors bien embêté…
Il s’agit ici de la Créature imaginaire qui devient réelle, échappe  à son maitre et finit par le dominer en ayant le pouvoir de le priver de son identité. Le récit commence bien, on est pris par l’histoire, et une fois la lecture terminée, on réalise que le récit est un peu tiré par les cheveux, et un peu cul cul la praline, comme disait mon grand-père. Mais on a passé un bon petit moment. Comme quoi…
Pour revenir sur le titre, j’ai regardé dans le Harrap’s, et Strumpet signifie bien « prostituée ».Le contenu du livre de Cathy n’est pas tellement détaillé, mais l’auteur, qui a voulu écrire de la « Chick lit » s’est visiblement trompé de rayon…
 
Rétrospectivement  - Ann Miller - « Retrospect », F&SF janvier 2008 - Traduit de l’américain par Sébastien Bonnet
Le narrateur est agent pour le compte d’un collectionneur de livres rares. Lors d’une vente aux enchères, il perd bêtement une vente à cause d’un vieil homme qui le distrait des enchères et il perds ainsi son acheteur puis toute sa clientèle et se retrouve au chômage. Nous apprenons ensuite que le livre dont il a perdu l’enchère état un faux. Tous ses clients reviennent et il connait une notoriété accrue de par son « sens du discernement » entre une œuvre fausse et une vraie. Un jour, lassé de se rendre à des cocktails ou les relations entre les gens sont superficielles, il entre chez un bouquiniste et y reconnait derrière le comptoir l’homme lui a fait perdre la vente. Ils finissent par devenir amis. On apprend que Ariel, un des membres de la librairie, a hérité de plusieurs appareils de son grand père physicien, dont un pour effectuer des voyages temporels, seulement pour l’aller mas pas le retour…
Le dénouement est dans la correction d’un paradoxe temporel que je ne vous dévoilerai pas ici. Texte agréable car se situant dans l’univers des livres, mais j’avoue avoir du relire la fin pour y voir plus clair dans cette histoire de superposition de temps. Ce qui est amusant, c’est qu’en le lisant, je me suis identifiée à l’acheteur, à tel point que pendant un bon moment, j’étais persuadée que c’était une femme !!! A vrai dire, j’ai beaucoup aimé ce texte pour l’ambiance qu’il dégage, moins pour l’histoire de voyage dans le temps…
 
Images d’une expédition  - Alex Irvine - « Pictures from an expedition », F&SF septembre 2003 - Traduit de l’américain par Martine Loncan
Nous sommes en 2009, Fidelis Emuwa embarque pour un voyage sur Mars à bord de l’Argos, avec 5 autres cosmonautes, vers le premier voyage de l’humanité vers une autre planète : Mars (et la Lune, alors ?). Le récit est entrecoupé de coupures de journaux, forums et extraits d’audiences ou il est question d’homicide d’une des personnes du groupe. Jamie, une des 3 femmes du groupe, doit présenter le flash d’actualité du jour et devient vite, aux yeux des terriens, la pin-up de l’équipe. Objectif de la mission : Trouver de l’eau et une trace de vie : Mission accomplie.  Des tensions apparaissent dans le groupe, car les découvertes scientifiques faites par Ms Green n’intéressent personne sur Terre. La seule chose importante pour les terriens est la vie sentimentale, voire sexuelle des membres de l’équipage, et le passé de la pin-up de l’équipe. Des paris au ras des pâquerettes sont faits sur Terre. Jamie va de plus en plus mal et annonce un jour à l’équipage qu’elle ne veut plus rentrer sur Terre…
Thèmes : Cohésion d’un groupe en conditions extrême, dilemme posé au du Capitaine qui doit prendre une décision difficile. Très beau texte, fin et intelligent sur l’évolution des relations entre des membres dans un huis-clos qui dure 3 ans. L’auteur émet ici une critique sévère des médias et de la population qui ne sont intéressés que par le spectacle et la castagne, et qui perdent complétement de vue l’essentiel : Les 2 objectifs de la mission, atteints. Ce travers de la société de communication dans laquelle nous vivons est exagéré, mais à peine, malheureusement…
 Bloqués  - Geoff Ryman - « Blocked », F&SF octobre-novembre 2009 - Traduit de l’américain par Sonia Quémener
Un gérant de casino à Sihanouk ville (Cambodge) rêve qu’il rencontre Agnette, une femme blonde avec quatre enfants asiatiques, abandonnés par leur père. Il rêve qu’il se marie avec elle. Pour éviter l’arrivée des extraterrestres dans 2 ans, Ils s’enfuient à Singapour. Là-bas, les autorités gardent les papiers des fuyards avant de les faire descendre en sécurité dans un abri en sous-sol.
Dans le futur, ou se trouve le narrateur, il y a plus de 2 sexes, l’Arizona a disparu de la carte suite  à une explosion déclenchée par les hommes. L’abri est en réalité un gigantesque centre commercial doté des dernières technologies …
Texte parsemé de rites et d’expressions cambodgiennes, très dépaysant. Toutefois, les conclusions que tire le personnage principal de cette aventure m’ ont un peu surpris : Tout cela se serait produit en fait non pas à cause des extra-terrestres, mais  à cause de la nature de l’Homme, qui le pousse à aller toujours plus loin, à ne jamais rester trop longtemps au même endroit, si j’ai bien compris…On comprends pourquoi le texte s’appelle « Bloqués » lors du dialogue entre le personnage principal et un pharmacien, mais cette conclusion me semble tirée par les cheveux.
 
Le petit garçon à l’épouvantail  -  Swanwick - « The Scarecrow’s Boy », F&SF octobre-novembre 2008 - Traduit de l’américain par Claire Kreutzberger
Un petit garçon rencontre un épouvantail dans un champ, qui est un robot mis au rebut, qui parle. Le père du petit garçon, après un accident dont on ignore la nature, lui a conseillé de courir dans les bois. L’épouvantail conduit ensuite le petit garçon dans un hangar, ou se trouve une voiture qui parle (fréquent à cette époque). On apprend que le père du petit garçon était diplomate de l’Union Européenne et a tenté de franchir la frontière, vers le lac. Le robot emmène alors le petit garçon vers son papa...
Un texte sur les machines qui, douées de raison, s’interrogent sur leur autonomie par rapport  à l’Humain.
 
Une fenêtre sur le passé  - Richard Matheson - « The window of time », F&SF septembre-octobre 2010 - Traduit de l’américain par Luc Kenoufi
Un vieil homme de 82 ans qui vit avec sa fille décide de ne pas l’embêter plus longtemps et essaie de louer une chambre dans une maison de retraite. Une fois arrivé  à la maison de retraite, la propriétaire des lieux lui fait visiter sa future chambre : Il regarde par la fenêtre et est surpris par l’aspect de la rue, qu’il connaît pourtant si bien…Il a l’impression d’être revenu dans le passé. Après avoir tenté de changer 2 ou 3 choses dans sa jeunesse, il réalise qu’on ne peut pas modifier le passé, car cela n’apporte rien.
Très joli texte, bien écrit, crédible, avec un élément cocasse : Le vieil homme était scénariste de SF et a déjà écrit sur les règles  à respecter lors d’un voyage dans le passé…Une belle mise en abyme.
 Lange qui tombe  - Eugène Mirabelli - « Falling Angel », F&SF décembre 2008 - Traduit de l’américain par Mathias Richou
En aout 1967, un jeune homme voit apparaître  à son velux un ange aux ailes brûlées qui semble en fâcheuse posture. Il le recueille chez lui, et c’est le début d’une étrange histoire d’amour (l’ange était visiblement de sexe féminin). … Un texte très poétique, qui met en scène un ange évadé de son paradis.
 
Mauvais fluide  - Alexandra Duncan - « Bad Matter », F&SF décembre 2009 - Traduit de l’américain par Lise Capitan
Lors du décès de son père, une jeune femme est incitée à se rendre dans une station suborbitale au-dessus de Dubai, ou a travaillé son père. Elle apprend que se trouve à bord le corps d’Eté, une jeune femme qui avait un lien avec son père et qui attends d’être inhumée…Le texte est présenté comme une enquête pour découvrir l’identité de la morte. Pour moi, ce récit dépayse simplement parce que le décor est une station suborbitale au-dessus de l’Inde, mais l’action pourrait être transposable dans un roman classique.
Un balai  à l’ancienne  - Mario Milosevic - « Winding Broomcorn », F&SF février 2009 - Traduit de l’américain par Thomas Demarcq
Un ancien pasteur dont la femme est décédée fabrique des balais à l’ancienne, à la main. Pasteur peu convaincu de sa propre foi. Un jour, une vieille femme souhaite qu’il lui fabrique un balai avec sa canne. Elle lui explique qu’elle utilise des balais dans son travail et devine que l’artisan a perdu sa femme. Elle le convie alors  à une cérémonie dans les bois. Il s’y rend et se trouve face à 4 sorcières… Joli texte, à la lecture fluide,  avec une fin surprenante.
Après les nouvelles, passons aux  chroniques de ce tome 13 :
Chroniques impressionnistes de Nicolas Lozzi :
Critique des ouvrages suivants :
« L’archipel du rêve » de Christopher Priest (réédition Folio SF 2011)
Deux  livres sur les films de science-fiction : « Les films de science-fiction » de Michel Chion (Les cahiers du cinéma, 2009), et « Le cinéma de science-fiction » d’Eric Dufour (Armand Colin, 2011)
« Algernon, Charlie et moi », de Daniel Keyes (J’ai Lu, 2011)
« Plonger les mains dans l’acide » de Claro (Inculte, 2011)
Une chronique très intéressante, parce qu’on a jamais assez d’informations dans le domaine de la Science-Fiction, et de plus très agréable à lire : L’auteur a rédigé un texte abordable et très clair, qui ne part pas dans des considérations philosophico métaphysiques qui, en général, m’ennuient. De plus, il n’hésite à pas dire si un ouvrage lui déplait, en expliquant poliment pourquoi, sans tomber dans la critique bête et méchante.
Je n’ai pas trouvé d’informations sur ce chroniqueur dans le Fiction Tome 13. J’ai donc été voir sur le site web des Moutons électriques, qui explique que Nicolas Lozzi a rédigé des articles pour le fabuleux site du « Cafard cosmique », sous le pseudonyme de Shinjiku. J’irai lire ses chroniques, tiens… Ancien stagiaire des Moutons électriques, il est maintenant le nouveau rédacteur en chef de la revue Yellow submarine.
Chroniques rétrospectives de Marie Pierre Najman :
L’auteur explore les relations entre les hommes et les femmes au travers de 2 textes :  « Parade nuptiale » de Donald Kingsbury et de « Vénus Plus X » de Théodore Sturgeon. Je n’ai lu aucun de ces 2 livres, je n’irai donc pas commenter le fond de cette chronique mais elle m’a donné envie de lire le « Vénus plus X ». Mme Najman fait ici une analyse très poussée de ces 2 ouvrages.
 
Pour s’envoyer le regard en l’air d’André François Ruaud :
Un critique de livres-revues (à la façon de XXI, nous dit l’auteur, j’aime d’ailleurs beaucoup cette revue, spécialisée dans le reportage/récit grand format de qualité) sortis récemment : Usbek et Rica, une revue traitant de sujets de société qui aborde dans sa première moitié le présent, et le futur dans l’autre moitié. Les revues « Le Majeur/Badabing », « Bananas », « Wendigo » et le « Rocambole » sont également commentées de façon fort attractive.
Je terminerai cette critique par les  portfolios :
New horizons - Portfolio de Stéphane Massa-Bidal :
Composé de 9 images pleine page, reproduites en noir et blanc, montrant chacune des silhouettes de lieux ou de monuments connus (dont la basilique de Fourvière, la Tour Eiffel). Dans ces silhouettes se trouve un chiffre en lettres blanches, à chaque fois différent et un paysage, sauf dans la dernière ou on voit le mot carbone avec une île en arrière-plan. Je ne sais pas à quoi correspondent ces chiffres. J’avoue que cet ensemble est intriguant et fait réfléchir. N’étant pas touchée par l’univers de la photo et de l’art moderne de façon générale,  je ne sais pas comment commenter ce type de document, donc je m’abstiendrai. C’est dommage qu’il n’y ait aucune explication sur ce que l’artiste a voulu dire.
Portfolio, de Heinrich Kley :
12 dessins au crayon en noir et blanc, plutôt humoristiques, mettant en scène des créatures imaginaires et réelles (dragon, centaure, poulpe, éléphant). Je ne connaissais pas cet artiste allemand du début du 19 ème siècle. Les dessins présentés ont sans doute une grande valeur, mais j’ai été davantage touchée par le portfolio de Virgil Finlay, que l’on présentera plus loin.
Portfolio de Virgil Finlay, accompagné d’ un texte de présentation de Yves Frémion :
Il s’agit d’un illustrateur né en 1914 aux USA, célébre dans le milieu des revues SF américaine des années 50. On nous présente ici 10 illustrations issues du recueil « Lost drawings », paru en 1936. On y voit des femmes déesses, et des créatures fantastiques. Les dessins sont d’une grande finesse, les jeux d’ombres et de lumière sont exquis. Yves Frémion accompagne ces illustrations d’une biographie claire et synthétique, très agréable  à lire. Oui, il s’agit bien du même Yves Frémion qui a participé aux côté de Jacques Sadoul à l’aventure « Univers », le livre revue SF des éditions « J’ai Lu ».
 
Pour finir, juste une petite remarque de mise en forme : Pourquoi ne pas mettre les biographies d’auteurs  à la fin de chaque nouvelle, au lieu de les mettre tout  à la fin du bouquin, ce qui oblige  à faire des allers retours entre les pages si on veut savoir qui a écrit tel texte ?
Je trouve l’idée de couverture excellente : un papa robot et son petit garçon se promènent dans un musée d’histoire naturelle, en observant les squelettes d’animaux disparus, dont un cerf, et un mammouth, qu’on distingue en arrière-plan. Je me demande pourquoi l’artiste n’y a pas ajouté un squelette d’homme …Peut-être que dans l’esprit de l’artiste les robots cohabitent avec les humains ?
De façon générale, les couvertures de Fiction sont toujours originales dans le sens où elles présentent les icônes de la SF de façon décalée : Ici, par exemple, on a bien des robots, mais qui agissent de façon pacifique, dans un décor familier, qui agissent comme des humains dans un pareil décor.
Pour conclure, ce Tome 13 est un joli paquet surprise, comme toujours,  qui renferme de belles découvertes toutes plus différentes les unes des autres, tant au niveau du type d’histoire que des atmosphères qu’elles dégagent. Je parle de découvertes car n’ayant pas une culture SF très étendue, les auteurs présentés me sont presque toujours inconnus (sauf ici Richard Matheson et Yves Frémion). En ouvrant un « Fiction », il ne faut pas s’attendre à y trouver uniquement des récits de SF pure et dure, mais il faut l’ouvrir en acceptant d’être surpris –pas de résumés d’histoires en quatrième de couverture ! – et en gardant l’esprit ouvert, sinon, on est déçu. Vous êtes prévenus.
Par La science-fictionaute - Publié dans : Fiction Nouvelle série
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 15:40

Livre des crânes                   

 

Publié pour la première fois en 1972 aux USA chez Signet (titre original : "The book of skulls").

 

Première publication en France : 2004, Librairie Générale Française, pour l'édition lue.

  

Edition lue :

Le Livre de Poche, 2004, 352 pages 

Traduction de l’Américain par Guy Abadia 

Illustration de couverture : Jackie Paternoster

 

 

La texture métallique du crâne de couverture très réussie, mais la représentation de l’homme est moins détaillée. C’est pourtant lui qui est au centre de ce roman ! Toutefois, cette couverture a un contenu informatif très fidèle au contenu du bouquin : La confrontation de l’Homme face  à la Mort, donc face à une partie de lui-même.

Nous accompagnons ici quatre étudiants américains qui partent en Arizona à la recherche du monastère des Crânes, mentionné sur un vieux grimoire. Passer dans ce monastère plusieurs épreuves avec succès permettra à deux d’entre eux d’accéder  à la vie éternelle… Si toutefois les 2 autres acceptent de mourir. La cohésion du groupe va-t-elle résister à ces épreuves ? Qui  gagnera l’immortalité ?

Les 4 adolescents ont des profils très différents : Eli, le juif, Thimothy, le fils riche de bonne famille, Ned l’homosexuel, et Olivier le paysan. On assiste à leur l’évolution face  à des événements exigeant d’eux d’avoir la Foi. Certains l’ont depuis le départ et la perdent en cours de route, pour d’autres, c’est l’inverse…Des personnages plutôt sympathiques au début du roman deviennent déplaisants, et vice versa. Robert Silverberg prend un malin plaisir à brouiller pistes.

 

Au début du bouquin, certains passages sont un peu longuets, notamment quand ils errent de bar en bar et de fille en fille, mais nous comprenons par la suite que ces passages ont leur raison d’être : Silverberg dévoile ses personnages en grande partie par le biais de leurs relations sentimentales, homosexuelles ou hétérosexuelles. L’épreuve des secrets honteux à dévoiler le confirme.

Ce texte est composé de 34 chapitres, chacun décrivant l’action par les yeux d’un des quatre garçons, et cela  à tour de rôle. Ce procédé nous permet de connaître les pensées des étudiants et de les voir mûrir, sans nuire au rythme de l’intrigue. Nos  compères arrivent au monastère exactement au milieu du livre.

L’auteur fait ici la part belle à la psychologie, aux sentiments et sensations des personnages vis  à vis d’eux-mêmes, de leurs compagnons et des étranges moines qui les accueillent. Et ici comme dans tous les monastères, le silence est d’or et l’introspection fait partie du quotidien…pour le meilleur et pour le pire.

Le « Livre des crânes » a été nominé en 1972 pour le prix Nébula du meilleur roman, en 1973 pour le prix Hugo du meilleur roman, et a été élu second meilleur roman pour le prix Locus en 1973.  

 

Pour conclure, les thèmes centraux du « Livre » ne peut laisser personne indifférent : Jusqu’ou serions nous prêts à aller pour échapper à la mort ? Faut il avoir la Foi pour trouver la paix de l’esprit ? Si cette Foi existe, à quel point est elle solide ? Les points forts de ce roman sont le déroulement du récit à quatre voix, l’analyse de l’évolution psychologique des personnages, le suspens de la première à la dernière page sur qui  mourra et qui vivra. Par contre, la fin m’a laissée perplexe : On a envie de dire : « Tout ça pour ça… ». Après tous les efforts déployés par Silverberg pour entretenir le suspens au sujet de ceux qui échapperont à la « Grande Faucheuse », on aurait aimé connaître le verdict des moines sur les deux « gagnants » de l’Immortalité, et entendre leurs justifications, quelles qu’elles soient…

Mais parfois, le charme d’un voyage ne repose pas sur le lieu où on arrive, mais sur le fait d’être en route. C’est la philosophie de ce bouquin, qui laisse le lecteur libre d’imaginer qui aura gagné l’immortalité... Le « Livre des crânes » est une quête physique et psychologique qui repose sur la connaissance de soi. Un très beau livre à lire et à relire pour en saisir toute la finesse.

Par La science-fictionaute - Publié dans : USA : 1961 - 1990
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 21:56

                      Dagon   

 

Première publication : 1965, USA, Arkham House (titre original : « Dagon and Other Macabre Tales »)

    

Première publication en France : 1969, Editions Pierre Belfond

 

Edition lue :

J’ai Lu, 1982, 448 pages

Traduit de l’américain par Paule Pérez

Illustration de couverture par Philippe Druillet (à mon avis la plus réussie de tous les temps, toutes éditions et éditeurs confondus ).

 

 

On peut regrouper les 30 nouvelles de ce recueil en 2 catégories :

 

La première : les textes typiques de Lovecraft, qui mêlent aventure, science (un peu), horreur (beaucoup), surnaturel, goût des choses anciennes (avec, un peu à part, le texte de pure SF : « Dans les murs d’Eryx »).

 

 

La seconde : Les récits qui s’apparentent à des contes se déroulant dans des contrées lointaines à une époque fort éloignée de la notre, avec des paysages souvent enchanteurs, mettant souvent en scène la mythologie antique ; J’avoue ne pas trop aimer ce type de texte. Non pas qu’ ils soient mal écrits, mais les sujets ne m’ intéressent pas.

 

Voici par ordre chronologique :

En gras, les dates d’écriture des textes (basées sur la « chronologie des écrits de H.P.

Lovecraft » par S.T. Joshi, figurant dans la première édition de Dagon aux USA chez

Arkham House)

Les titres (français en gras puis en version originale)

En italique, les dates et revues américaines dans lesquels ces textes ont été publiés la

première fois (source : http://www.hplovecraft.com/; Ce site propose également

de nombreux textes de Lovecraft en Anglais).

 

1905 – La bête de la caverne (The beast in the cave) / The Vagrant, No. 7 (Juin 1918)

Le narrateur se perd dans la caverne du Mammouth en visitant des grottes. Il est dans l’ obscurité, et soudain, un bruit de pas…Le suspense repose sur les sons entendus par le narrateur. Nous suivons son imaginationqui s’emballe :L’aspect de la bête dans un environnement aussi hostile qu’une grotte doit être monstrueux… On nous révèle dans la dernière ligne la nature de la bête, qui fait un effet "coup de poing" sur le lecteur : Ce procédé déjà rencontré chez Lovecraft (dans la nouvelle « air froid » entre autres). La description des sensations et agissements du narrateur est assez crédible. L’élément fantastique vient de la nature de la bête. Récit simple mais bien construit écrit par Lovecraft à l'age de 15 ans.

 

1908 - L’alchimiste (The alchemist) / The United Amateur, 16, No. 4 (Novembre 1916)

Récit  à la première personne du singulier. Le narrateur évoque le château de ses ancêtres, une lignée très ancienne, dont il est le dernier descendant. Enfant unique qui n’a jamais connu ses parents, il est élevé par un vieux serviteur. En grandissant, il prend connaissance d’une malédiction qui pèse sur sa famille, ou chaque membre meurt  à 32 ans, suite à un sort jeté par un sorcier il y a plusieurs siècles.

Le narrateur se met  à étudier la sorcellerie, et entreprends la visite du château abandonné depuis quatre siècles pour résoudre cette énigme. Ce qu’ il va découvrir dans une des pièces du château le glacera d’horreur. Lorsqu’ il croit qu’il va s’en sortir vivant, il se produit un second phénomène qui lui sera fatal. (Chute de l’histoire en 2 étapes). Comme pour la bête dans la caverne, découverte de quelque chose d’effrayant dans un endroit obscur. Nouvelle agréable.

 

1917 - Dagon (Dagon) /The vagrant N°11, 1919

Très intéressante nouvelle, qui donne son titre au recueil :

C’est le premier texte qui fait référence à un dieu de la mythologie lovacraftienne. Ecrit à la première personne du singulier. Sa technique d’écriture : départ au temps présent (écriture d’un journal de bord) puis retour dans le passé pour expliquer comment on en est arrivé là).

« Subrécague » (représentant des personnes ayant chargé le navire de marchandises, selon le petit Larousse. Hé, j'ai appris un mot !!) d’ un cargo tombé sous les attaques d’un navire allemand pendant la première guerre mondiale, le narrateur est capturé par les forces ennemies, mais s’échappe sur un petit bateau. Après sa première nuit d'errance en mer, il se réveille dans un paysage apocalyptique composé de boues, de carcasses et débris divers, totalement silencieux. Il cherche une explication, aperçoit un mont au loin et décide de s’y rendre à pieds, sous une « Lune gibbeuse », l'expression favorite de Lovecraft. Il s’approche d’ un bloc de roche façonné et est terrorise par ce qu’ il voit « Je n’ose pas les décrire en détail car il me suffit d’évoquer leur image pour défaillir » :La seconde chose qu’ il aperçoit est si terrifiante, qu’elle lui fait perdre la raison (cf le beau gosse en couverture de ce livre). Il se retrouve dans un hopital de San Francisco…

 Lovecraft explique que Dagon est un dieu poisson, originaire d’ une légende philistine (c’est vrai : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dagon_(divinit%C3%A9))

On retrouve ici la technique de suspense à 2 étages.

Ce texte est un souvenir : technique typique de Lovecraft.

 

1917 - La tombe (The tomb) / The Vagrant, No. 14 (Mars 1922)

Souvenir, également raconté à la première personne du singulier. Le récit débute au temps présent. Le narrateur est dans un asile de fous. Il raconte comment il en est arrivé là. Son enfance solitaire peuplée de nombreux livres, et des promenades dans une vallée boisée près de chez lui. Un jour, au cours d’ une promenade, il remarque une tombe solitaire qui abrite le dernier descendant d'une famille ancienne et de haut rang. Autour de cette tombe, se trouve les restes d’ un château brûlé par la foudre, ou vivait la famille enterrée. La tombe et la recherche de renseignements sur ceux qui y sont enterrés devient bientôt une obsession pour le narrateur. Il souhaite y entrer, mais ne parvient pas à ouvrir le cadenas ; Il comprends grâce à la lecture des vies de Plutarque, qu’ il y parviendra quand il sera prêt (quand il sera plus âgé et son destin prêt à s’accomplir). Il prends patience et se promène dans d’autres cimetières . Sa famille trouve curieux qu’ il possède des connaissance anciennes. Il découvre que sa famille a une lointaine parenté avec la famille enterrée dans la fameuse tombe....

Thèmes : réincarnation, possession, voyages dans le temps, la destinée. Intrigue plus riche et dense que les précédents récits.

 

1918 - Polaris (Polaris) / The Philosopher, No. 1 (Décembre 1920)

Thème :  L’Etoile polaire : Le narrateur se souvient avoir rêvé d’ une cité de marbre luisant à la lumière de l’étoile polaire, peuplée de personnages drapés, sur le point d’être envahie par des « créatures jaunes et rabougries, flétries par le froid, qu’ on appelle Esquimaux ». Il y retourne plusieurs nuits en rêve et se fait un ami.. Récit  à la première personne du singulier. Il a le rôle guetteur, est perturbé par l’Etoile polaire. Le rêve et la réalité se mélangent, et le dormeur pense que le rêve est sa réalité. Texte brouillon et un peu faible, l’ intrigue manque d’épaisseur.

 

1919 – La transition de Juan Romero (the transition of Juan Romero) / Marginalia. Sauk City, Arkham House, 1944

Le narrateur travaille à la mine d’ or de Norton comme ouvrier en 1894. Arrivée de Juan Roméro dans son équipe, un mexicain aux traits d’une grande pureté et à la peu très claire. « Seul son visage exprimait une certaine aristocratie. Sale, inculte, Romero se sentait  à l’aise avec ses compagnons au teint basané », il est « élevé par un voleur de bétail mexicain ». Le narrateur porte une bague hindoue qui attire le mexicain. Le chef de chantier fait exploser une partie de la mine pour  creuser plus profond et un puits apparaît, il grandit progressivement et cela terrorise les ouvriers. Un battement gigantesque se fait soudain entrendre, il semble provenir du gouffre qui vient d'apparaître…   

 J’avoue ne pas avoir compris cette nouvelle, et plus spécialement la dernière phrase du récit « Je songe alors que la transition de Juan Roméro fut terrible en vérité ». Pour moi, une transition signifie une transformation. Si quelqu’ un a compris le fin mot de l’ histoire, qu’ il me fasse signe…

Ah, au fait, j’ai encore relevé dans le texte les mots « lune gibbeuse ». C’est pas que je les compte…

 

1919 - La malediction de Sarnath (The doom that came to Sarnath) / The Scot, No. 44 (Juin 1920)

Dans le pays d’Anar,se trouve une cité très ancienne qui s’appelle Ib, au bord d’ un lac, habitée par des êtres étranges avec « des yeux proéminents, des lèvres pendantes et charnues, de curieuses oreilles, mais pas de voix ». Ces créatures vénèrent une idole de pierre verte représentant Bokrug, le lézard aquatique qui apparaît quand la lune est gibbeuse (encore ?!?!). Après quelques millénaires, des hommes apparaissent au bord de ce lac et fondent la cité de Sarnath, près d’Ib. Les habitants de Sarnath détestent ceux d’Ib et finissent par détruire leur cité, sauf l’idole de pierre, qu’ ils emportent avec eux.

Une nuit, on retrouve le prêtre de Sarnath mort, de terreur, apparemment…

1000 ans après la destruction d’Ib, Sarnath organise une somptueuse fête pour cet anniversaire. Et cette nuit là, un prêtre voit descendre des ombres de la lune gibbeuse (encore un !!!!!)

    Ce texte fait partie des contes du recueil, qui mettent en scène des cités lointaines dans une époque fort éloignée de la nôtre. Bien écrit, mais pas ma tasse de thé : description de la magnificence de Sarnath un peu longue (si vous avez lu « le ventre de Paris » de Zola, vous comprendrez ce que je veux dire, des descriptions à n’en plus finir qui donnent le tournis…)

 

1919 - Le bateau blanc (The white ship) / The United Amateur, 19, No. 2 (Novembre 1919)

Un gardien de phare évoque les souvenirs que lui racontait son père – gardien de phare également - , qui les détenait de son grand père. Le narrateur évoque un bateau blanc qui venait du Sud. Une nuit, le narrateur embarque sur ce bateau et il arrive au pays de Zar,  de toute beauté, puis voit Thalarion « la cité des mille merveilles », ou il ne faut pas accoster, car peuplée de fous. Puis passe au large d' une autre ville, Xura, pays des plaisirs inaccessibles, mais à l'odeur pestilentielle. Ils finissent par jetter l’ancre au port de Sona-Nyl, le « pays de l’ imagination » et passent sur un pont doré formé par des rayons de lune (non, elle n’est pas tout le temps gibbeuse). Le narrateur souhaite ensuite rejoindre Cathurie, une autre cité merveilleuse, et y parvient, par ruse. Et là….je vous laisse découvrir la suite dans le bouquin.

Thèmes : voyages dans l’ imaginaire, qui laisse des traces physiques dans le monde réel, il s’agit encore d’ un conte, moralité sur la vanité de l’’Homme ?

 

1920 - Les chats d’Ulthar (Cats of Ulthar) / The Tryout, 6, No. 11 (Novembre 1920)

Encore un conte : A Ulthar, il est interdit de tuer les chats. Un couple de paysans, craints par tout le village,  suppriment tous les chats qui s’aventurent dans leur propriété. Un jour, des voyageurs « à la peau sombre » arrivent dans le village. Un jeune orphelin, qui fait partie de ce groupe, possède un chaton noir, qu’il ne trouve plus le lendemain matin. Les gens du village lui parlent du couple de paysans. Le petit garçon se met alors  à méditer. Un soir, l’aubergiste croit voir tous les chats d’Ulthar dans la cour de la chaumière du couple. Et la...

Lovecraft aime les chats, il a écrit plusieurs nouvelles dans lesquelles on les retrouve (il leur a consacré un poème). Joli conte, mais un peu maigrelet.

 

1920 - De l’au-delà (From Beyond) / The Fantasy Fan, 1, No. 10 (Juin 1934)

Le narrateur raconte la déchéance physique de son ami, épuisé par des recherches métaphysiques sur une autre dimension, dans la quelle on peut accéder par une machine. Dans cette dimension errent des entités maléfiques, toujours  à la recherche de nouvelles proies. Son ami lui propose un jour de l’accompagner…

Un bon texte, la tension, qui monte progressivement est digne des meilleurs Lovecraft

 

1920 - Le temple (The temple) / Weird Tales, 6, No. 3 (Septembre 1925)

Manuscrit trouvé sur la côte au Yucatan : En 1917, Karl Heinrich, commandant d’ un sous marin U29 de la flotte allemande raconte dans son journal de bord que son navire a été coulé. Il raconte comment son équipage est devenu fou suite  à la découverte d’un tête de marbre gravée sur le corps d’ un jeune homme agrippé au sous marin. Lecture trés agréable, encore une fois avec un bon rendu sensoriel et une identification au personnage très forte vu sa situation très précaire (sous marin en panne, au fond de la mer, commandant peu à peu dans l’ obscurité totale). J'ai beaucoup aimé cette nouvelle : Un mélange bien sympathique de situation inquiétante dans la vie réelle, un soupçon de mythologie, et beaucoup de tension...

On notera que Lovecraft dépeint le capitaine allemand par des termes peu flatteurs : fier, imbu de sa personne. On sent que l'auteur a voulu se moquer de l’idée que certains allemands de pure souche et nazis pouvaient avoir d’eux-mêmes à cette époque.

 

1920 - L’arbre (The tree) / The Tryout, 7, No. 7 (Octobre 1921)

Sur le mont Ménale ,en Arcadie, se trouve une villa près d’une oliveraie. Le narrateur évoque un olivier qui a une forme assez curieuse, qui rappelle un être humain. Encore un nouveau conte qui se situe dans un pays imaginaire; et qui m’a peu marqué, j’ai donc un peu de mal à en parler. Ce texte est un peu faible, je trouve.

 

1920 - Celephais (Celephais) / The Rainbow, No. 2 (Mai 1922)

Les rêveries de Kuranès, un londonien ruiné. Il cherche son salut dans le rêve, sa maison d’enfance, et surtout, Celephais, ville idéale qu’ il crée dans son esprit, et dans laquelle il revient souvent en rêve.

Un conte, à nouveau : description de paysages qui baignent dans une lumière dorée, cité aux portes de bronze. Lecture agréable, sans plus.

 

1920 – La poésie et les dieux (Poetry and Gods) /The United Amateur, 20, No. 1 (Septembre 1920)

Après la guerre. Marcia, jeune bourgeoise, rêvasse dans son salon aux oliveraies de l’Arcadie (on y revient…voir plus haut la nouvelle « L’arbre »), car elle trouve le monde contemporain laid. Les Dieux du Parnasse viennent lui parler dans son sommeil (Apollon, Aphrodite, etc) et s'adressent à elle en vers…

Honnêtement, je n’aime pas trop les contes de Lovecraft, qui plus est sous forme de poesie.J' avoue l'avoir lue en diagonale…

 

 

 1920 - La rue (The street) / The Wolverine, No. 8 (Decembre 1920)

Lovecraft raconte ici les changements successifs intervenus dans “La Rue”, aux USA depuis sa création par les migrants anglais (« des hommes forts et courageux »), jusqu’ à son autodestruction, suite aux différents types de populations qui s'y sont succédés.

Lovecraft déteste les étrangers qui sont la cause de la déchéance de la rue. Il les décrit comme des « visages basanés, sinistres, aux traits grossiers et aux regards furtifs ». Il ne régnait plus dans la rue « que la peur, la haine et l’ignorance ».

Seconde salve sur les étrangers un peu plus loin : « il y avait dans leurs yeux à tous une inquiétante lueur malsaine ».

Nouvelle intéressante, une sorte d’étude sociologique d'un quartier.

 

1921 - La quête d’Iranon (The quest of Iranon) / The Galleon, No. 5 (Juillet Aout 1935)

Conte.

Un jeune home “le front ceint d’une couronne de fleurs de vigne” vient d’Aira, la ville idéale, et cherche  à la retrouver : Quête vaine, hommes désenchantés.

Thème : Recherche du Paradis perdu. Joli, sans plus.

 

1921 - Les autres dieux (The other Gods) / The Fantasy Fan, 1, No. 3 (Novembre 1933)

Les dieux du monde vivent désormais à Kaddath, un pays inconnu des hommes et souhaitent par-dessus tout ne plus être dérangé par eux. J’avoue ne pas l’avoir lue complétement… (encore un conte, sans commentaires).

 

1921 / 1922 - Herbert West réanimateur (Herbert West, reanimator) / Home Brew, No. 1 (Fev. 1922), No. 2 (March 1922), No. 3 (April 1922), No. 4 (May 1922), No. 5 (June 1922), No. 6 (Juillet 1922)

Peut-être une des nouvelles les plus percutantes de ce recueil : du Lovecraft grand format et bien épicé. Herbert West et le narrateur sont étudiants à la faculté de médecine d’Arkham.

Ils mènent de curieuses expériences dont le but est de ressusciter les morts. Nous suivons leurs expérimentations au cours de 6 chapitres (car la nouvelle a été publiée initialement en 6 épisodes).

Ecriture très visuelle, on imagine très bien les scènes décrites (comme dirait Lovecraft « je ne peut pas vous les décrire, car elles sont tellement horribles que j’ai peur de perdre la raison en vous les racontant »), avec un suspense très bien entretenu. En fin de chapitre 1, il laisse le lecteur imaginer le pire, en toute fin de chapitre 2, une phrase choc qui glace le sang (j’adore le procédé !) : « Bon sang, il n’était pas tout à fait frais… » (je vous laisse deviner de quoi il parle – non, c’est pas de son yogourth aux fruits).

Du très grand Lovecraft. A lire absolument.

 

1922 ? - Azathoth (Azatoth) / Leaves, 2 (1938)

Encore un conte.

Le monde est devenu vieux, les hommes désabusés. Un homme part  à la recherche de ses rêves perdus. A force de scruter les étoiles, il y parvient…Texte très court : 2 pages (heureusement).

 

1922 – Hypnos (Hypnos) / The National Amateur, 45, No. 5 (Mai 1923)

Le narrateur raconte sa rencontre avec son seul ami, dont le visage semble provenir des sculptures d’un temple de la Grèce antique. Ils parlent longuement des mécanismes du monde et commencent à rêver aux moyens de le maîtriser. Leurs rêves deviennent des voyages aux confins de l’Univers, au moyen de drogues. Un jour, son ami, le plus ambitieux des deux, a une vision d’horreur qui le détruit.

Texte poétique, avec la touche d’horreur qui lui évite de tomber dans le mièvre. Lovecraft évoque ici la vanité des hommes qui croient pouvoir maîtriser les forces cosmiques.

Nota : Hypnos = Dieu du sommeil . Ce texte m'a beaucoup plu.

 

1923 – Le festival (The festival) / Weird Tales, 5, No. 1 (Janvier 1925)

Le narrateur revient dans le port de pêcheurs de son enfance, Kingsport, au bord de la mer orientale, pour y célébrer la coutume de l’Yuletide, fêtée une fois par siècle (rituel du solstice de noel), avec « ceux de son peuple » (on ne connait pas les liens de parenté du narrateur avec ces personnes).

Il se retrouve dans une maison des années 1600. Des personnes aux étranges masques de cire s'y trouvent. Elles assistent à une cérémonie en haut d’ une colline, qui se termine dans les entrailles de la terre, dans des cryptes innommables…

Ce texte rappelle assez « Prisonnier des pharaons », mais le dépaysement en moins.

Le récit commence bien, mais perds en épaisseur vers la fin.

 

1924 – Prisonnier des pharaons (Imprisoned with the Pharaons ou Under the pyramids)/ Weird Tales, 4, No. 2 (Mai juin juillet 1924) Texte écrit en collaboration avec Harry Houdini.

Ce texte est une perle, vous êtes prévenus :

Le narrateur visite les pyramides d’Egypte. Ses guides, des filous, le ligotent et le font basculer dans un puit. Le narrateur fait part de ses doutes quant aux sensations ressenties lors de la chute. Dans sa frayeur, son esprit déraille : Il s' Interroge sur l’aspect physique du Sphinx : pourquoi un corps de lion avec une tête d’humain ?

Les choses qu’il découvre dans les couloirs de la pyramide n’ ont pas vu la lumière depuis plusieurs siècles. Elles sont monstrueuses, dans tous les sens du terme.

Empathie maximum avec le narrateur : Ligoté, dans le noir, dans un puits humide aux relents nauséabond. Il traverse l’enfer avant de trouver la sortie…On peut penser que la collaboration de Lovecraft avec Houdini a porté sur comment se libérer lorsqu’ on a les mains et pieds liés par des cordes, mais malheureusement, on ne retrouve quasiment pas d’explications de ce style dans le texte…   Un texte fabuleux qui vous fait voir du pays, et des choses, mon Dieu, je n'ose même pas les décrire ici, je pourrai perdre la tête...

 

1925 – Lui (Him ou He) / Weird Tales, 8, No. 3 (Septembre 1926)

Le narrateur qui s’est exilé  à New York raconte sa désillusion concernant la beauté de la ville. Et on retrouve  à nouveau les « étrangers basanés et trappus, avec des visges durs et des yeux étroits, rusés et sans rêves ». Il habite Greenwich et finit par ne  sortir que la nuit, ou la laideur de la ville est moins visible.

Il finit par affirmer que la ville est morte. Il rencontre un homme qui lui fait visiter des quartiers très anciens et très beaux, dans lesquels il habite.Une fois rendus chez lui, l’homme étrange lui montre par la fenêtre des paysages inconnus…

Une histoire qu’on suit avec plaisir, dans laquelle on retrouve une nostalgie et un rêve du beau, épicé par un peu d’ horreur…

Texte inspiré de la période ou Lovecraft habitait le quartier de Red Hook à New York en 1924. Il en part car finit par trouver la ville laide.

 

1925 – Horreur à Red Hook (the horror at Red Hook) / Weird Tales, 9, No. 1 (Janvier 1927)

Texte en 7 chapitres : Village de Pascoag (Rhode Island) : Un homme pousse des cris d’horreur en passant devant un ancien bâtiment. C’est un ancien policier  à la retraite, qui a travaillé pendant sa carrière sur une curieuse affaire dans le quartier de Red Hook (à Brooklyn, New York): Le quartier  est décrit comme une Tour de Babel, bruyante et malpropre. Revenons donc  à l’affaire Robert Prydam, sur laquelle a travaillé notre ancien policier : C’est un vieil homme dont la famille exige un jugement sur son intégrité mentale. Ce dernier se met à acheter d’étranges volumes et à fréquenter des individus louches ; Il rajeunit, se marie. En parallèle, plusieurs enfants disparaissent…

Texte agréable, sans plus.

 

1926 – L’Etrange maison haute dans la brume (The strange high house in the mist)/ Weird Tales, 18, No. 3 (Octobre 1931)

Kingsport. Une étrange maison se dresse sur la falaise, selon des autochtones, elle a toujours été là. On dit que son habitant converse avec les brumes. Un habitant décide un jour d’aller voir de plus près…… Un peu long et ennuyeux, il ne se passe pas grand-chose dans cette nouvelle molle… En réalité, on dirait un fragment de nouvelle inachevée…

 

 

1926 ? – Le descendant (The descendant) / Leaves, 2 (1938)

Le narrateur explique qu’il est sur son lit de mort. Il évoque un homme qui hurle quand les cloches sonnent. Un jeune homme, qui jouxte la chambre d' hôpital du narrateur, finit par gagner sa confiance et apprends que le vieil homme possède un chateau sur lequel courent d’étranges rumeurs. On s’attend à un récit passionnant et finalement, il se termine en eau de boudin. Encore une fois, on dirait un récit inachevé : Pourquoi cet homme hurlait lorsque les cloches sonnent ? Lovecraft ne réponds pas à cette question.

 

1934 ? – Le livre (The book) / Leaves, 2 (1938)

Le narrateur raconte son expérience de lecture d’un vieux grimoire que lui a vendu un moine à moitié fou (Abdul Al-Hazred?) qui le fait voyager dans d’autres dimensions, et cela est dangereux. S’agit-il du Nécronomicon ?. Cela n’est mentionné nulle part, mais Lovecraft y pensait sans doute. La nouvelle rappelle celle nommée « De l’au-delà ». Nouvelle très courte (4 pages). On aurait aimé une description plus poussée de ce livre qui est le personnage central de ce texte : Y avait-il des illustrations, enluminures, etc ? Un bon début, mais une lecture un peu frustrante.

 

1934 – La chose dans la clarté lunaire (The thing in the moonlight) / Bizarre, 4, No. 1 (Janvier 1941)

Nouvelle très courte : 5 pages. Le narrateur lit ce que son ami Morgan a écrit dans un calepin par désespoir, car il fait de curieux rêves dont il ne parvient pas à se réveiller et se retrouve toujours face  à une créature avec un curieux visage. Evocation du Ctuhlu, une des figures les plus célèbres de Lovecraft. Texte trop court, comme un galop d’essai…

 

1935 – Dans les murs d’Eryx (In the walls of Eryx)/ Weird Tales, 34, No. 4 (Octobre 1939) Ecrit en collaboration avec Kenneth Sterling.

Nous suivons un cosmonaute qui atterit sur Venus pour épauler une autre équipe qui exploite des mines de cristal, également convoitées par des hommes lézard, les vénusiens. Un jour, il part  à la recherche d’un collègue qui n’est pas rentré de sa mission. Il aperçoit son corps, et au moment del'approcher, il se heurte à des parois translucides…

Un texte de plus de 40 pages, la nouvelle la plus longue de ce recueil. Très agréable, suspens bien construit, lecture fluide. Nouvelle 100 % Science-Fiction,inhabituel pour Lovecraft. Texte écrit en collaboration avec Kenneth Sterling, un jeune auteur de SF.

 

1937 – Le clergyman maudit (The evil clergyman, ou The wicked clergyman) / Weird Tales, 33, No. 4 (Avril1939)

Pour information, Le Larousse explique qu’ un clergyman est un ministre du culte anglican (je viens encore d’apprendre un mot…).

Nouvelle courte, de 6 pages, très intéressante : Le narrateur visite une mansarde qu’ il a l’ intention d’habiter, et trouve un curieux objet de la taille d’ une boite d’allumette, qui libère de petites silhouette à l’action de la lumière, dont un évêque et une sorte de prêtre anglican, un clergyman, précédent habitant du logement, décédé, mais dont on a pas retrouvé le corps. Il y a des ouvrages de magie sur les étagères. Thème : La possession, la survie de l’âme après la mort : Lorsque le narrateur se regarde dans une glace suite à sa visite, il a une désagréable surprise… Ce texte est très bon, on dirait un mauvais rêve, avec des éléments incongrus, mais avec tout de même une logique.

 

 

On peut noter que toutes les nouvelles ont été écrites à la première personne du singulier. On retrouve très souvent le terme « Lune gibbeuse » : selon le Larousse, ce terme désigne « un astre dont la surface éclairée visible occupe plus de la moitié du disque ». C’est amusant, car avant de regarder dans le dictionnaire, j’ai toujours cru que cela voulait dire que la lune était entourée de brume…

 

 

On notera également que dans plusieurs nouvelles, les étrangers sont systématiquement décrits comme des êtres fourbes et incultes (non, je n’invente pas l’eau chaude, il est bien connu que Lovecraft avait des tendances racistes, mais quand on lit de près ses textes, on en a la confirmation éclatante).

Ce recueil a été publié après la mort de Lovecraft.

 

 

En conclusion, un recueil un peu inégal de par la qualité des textes, mais qui vaut tout de même le détour pour certaines perles telles qu’ « Herbert West », « Prisonnier des pharaons », « La Tombe », « Dagon », « Horreur  à Red Hook », « Hypnos », etc. Je l’avais lu pour la première fois vers 15 ans, et je me souviens qu’en lisant la nouvelle "Herbert West", j’avais tellement eu la trouille que j’ai dû le lire en plusieurs fois. J’avais gardé de ce bouquin un souvenir fabuleux, mais aujourd’hui, j’avoue être un peu déçue, surtout par les textes qui s’apparentent à des contes (10 textes sur 30, tout de même), qui me tombent des mains…Un recueil à ne pas lire tout de suite si vous ne connaissez pas Lovecraft ; Il en existe d’autres plus percutants qui vous laisseront une meilleure image de ce dont Lovecraft est capable : « Par delà le mur du sommeil », ou « Je suis d’ailleurs », par exemple,  tous les deux en Folio SF.

Par La science-fictionaute - Publié dans : USA : Avant 1914
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

    Articles récents

En librairie en ce moment :

 

Fiction tome 13

 

 

Citation

" La science-fiction est un hallucinogène léger qui, quoiqu'en vente libre, n'en provoque pas moins une pernicieuse accoutumance. Dès que vous serez entré dans ce labyrinthe infini et miroitant qui ouvre sur votre propre imaginaire, vous n'aurez d'autre désir que d'en poursuivre l'exploration".

Catalogue analytique 1994 Présence du Futur, Denoel

Derniers Commentaires

    Classement des articles

    Archives

Archives / Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus