Première publication : 1965, USA, Arkham House (titre original : « Dagon and Other Macabre
Tales »)
Première publication en France : 1969, Editions Pierre Belfond
Edition lue :
J’ai Lu, 1982, 448 pages
Traduit de l’américain par Paule Pérez
Illustration de couverture par Philippe Druillet (à mon avis la plus réussie de tous les temps, toutes éditions et éditeurs
confondus ).
On peut regrouper les 30 nouvelles de ce recueil en 2 catégories :
La première : les textes typiques de Lovecraft, qui mêlent aventure, science (un peu), horreur (beaucoup), surnaturel, goût
des choses anciennes (avec, un peu à part, le texte de pure SF : « Dans les murs d’Eryx »).
La seconde : Les récits qui s’apparentent à des contes se déroulant dans des contrées lointaines à une époque fort éloignée
de la notre, avec des paysages souvent enchanteurs, mettant souvent en scène la mythologie antique ; J’avoue ne pas trop aimer ce type de texte. Non pas qu’ ils soient mal écrits, mais les
sujets ne m’ intéressent pas.
Voici par ordre chronologique :
En gras, les dates d’écriture des textes (basées sur la « chronologie des écrits de H.P.
Lovecraft » par S.T. Joshi, figurant
dans la première édition de Dagon aux USA chez
Arkham House)
Les titres (français en gras puis en version originale)
En italique, les dates et revues américaines dans lesquels ces textes ont été publiés la
première fois (source : http://www.hplovecraft.com/; Ce site propose également
de nombreux textes de Lovecraft en Anglais).
1905 – La bête de la
caverne (The beast in the cave) / The Vagrant, No. 7 (Juin 1918)
Le narrateur se perd dans la caverne du Mammouth en visitant des grottes. Il est dans l’ obscurité, et soudain, un bruit de
pas…Le suspense repose sur les sons entendus par le narrateur. Nous suivons son imaginationqui s’emballe :L’aspect de la bête dans un environnement aussi hostile qu’une grotte doit être
monstrueux… On nous révèle dans la dernière ligne la nature de la bête, qui fait un effet "coup de poing" sur le lecteur : Ce procédé déjà rencontré chez Lovecraft (dans la nouvelle
« air froid » entre autres). La description des sensations et agissements du narrateur est assez crédible. L’élément fantastique vient de la nature de la bête. Récit simple mais
bien construit écrit par Lovecraft à l'age de 15 ans.
1908 - L’alchimiste (The alchemist) / The United Amateur, 16, No. 4 (Novembre 1916)
Récit à la première personne du singulier. Le narrateur évoque le château de
ses ancêtres, une lignée très ancienne, dont il est le dernier descendant. Enfant unique qui n’a jamais connu ses parents, il est élevé par un vieux serviteur. En grandissant, il prend
connaissance d’une malédiction qui pèse sur sa famille, ou chaque membre meurt à 32 ans, suite à un sort jeté par un sorcier il y a plusieurs
siècles.
Le narrateur se met à étudier la sorcellerie, et entreprends la visite du
château abandonné depuis quatre siècles pour résoudre cette énigme. Ce qu’ il va découvrir dans une des pièces du château le glacera d’horreur. Lorsqu’ il croit qu’il va s’en sortir vivant,
il se produit un second phénomène qui lui sera fatal. (Chute de l’histoire en 2 étapes). Comme pour la bête dans la caverne, découverte de quelque chose d’effrayant dans un endroit obscur.
Nouvelle agréable.
1917 - Dagon
(Dagon) /The vagrant N°11, 1919
Très intéressante nouvelle, qui donne son titre au recueil :
C’est le premier texte qui fait référence à un dieu de la mythologie lovacraftienne. Ecrit à la première personne du
singulier. Sa technique d’écriture : départ au temps présent (écriture d’un journal de bord) puis retour dans le passé pour expliquer comment on en est arrivé là).
« Subrécague » (représentant des personnes ayant chargé le navire de marchandises, selon le petit Larousse.
Hé, j'ai appris un mot !!) d’ un cargo tombé sous les attaques d’un navire allemand pendant la première guerre mondiale, le narrateur est capturé par les forces ennemies, mais s’échappe sur
un petit bateau. Après sa première nuit d'errance en mer, il se réveille dans un paysage apocalyptique composé de boues, de carcasses et débris divers, totalement silencieux. Il cherche une
explication, aperçoit un mont au loin et décide de s’y rendre à pieds, sous une « Lune gibbeuse », l'expression favorite de Lovecraft. Il s’approche d’ un bloc de roche façonné et est
terrorise par ce qu’ il voit « Je n’ose pas les décrire en détail car il me suffit d’évoquer leur image pour défaillir » :La seconde chose qu’ il aperçoit est si terrifiante,
qu’elle lui fait perdre la raison (cf le beau gosse en couverture de ce livre). Il se retrouve dans un hopital de San Francisco…
Lovecraft explique que Dagon est un dieu poisson, originaire d’ une légende philistine (c’est vrai :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dagon_(divinit%C3%A9))
On retrouve ici la technique de suspense à 2 étages.
Ce texte est un souvenir : technique typique de Lovecraft.
1917 - La tombe
(The tomb) / The Vagrant, No. 14 (Mars 1922)
Souvenir, également raconté à la première personne du singulier. Le récit débute au temps présent. Le narrateur est dans un
asile de fous. Il raconte comment il en est arrivé là. Son enfance solitaire peuplée de nombreux livres, et des promenades dans une vallée boisée près de chez lui. Un jour, au cours d’ une
promenade, il remarque une tombe solitaire qui abrite le dernier descendant d'une famille ancienne et de haut rang. Autour de cette tombe, se trouve les restes d’ un château brûlé par la
foudre, ou vivait la famille enterrée. La tombe et la recherche de renseignements sur ceux qui y sont enterrés devient bientôt une obsession pour le narrateur. Il souhaite y entrer, mais ne
parvient pas à ouvrir le cadenas ; Il comprends grâce à la lecture des vies de Plutarque, qu’ il y parviendra quand il sera prêt (quand il sera plus âgé et son destin prêt à s’accomplir). Il
prends patience et se promène dans d’autres cimetières . Sa famille trouve curieux qu’ il possède des connaissance anciennes. Il découvre que sa famille a une lointaine parenté avec la famille
enterrée dans la fameuse tombe....
Thèmes : réincarnation, possession, voyages dans le temps, la destinée. Intrigue plus riche et dense que les
précédents récits.
1918 - Polaris
(Polaris) / The Philosopher, No. 1 (Décembre 1920)
Thème : L’Etoile polaire : Le narrateur se souvient avoir rêvé d’
une cité de marbre luisant à la lumière de l’étoile polaire, peuplée de personnages drapés, sur le point d’être envahie par des « créatures jaunes et rabougries, flétries par le froid, qu’
on appelle Esquimaux ». Il y retourne plusieurs nuits en rêve et se fait un ami.. Récit à la première personne du singulier. Il a le rôle
guetteur, est perturbé par l’Etoile polaire. Le rêve et la réalité se mélangent, et le dormeur pense que le rêve est sa réalité. Texte brouillon et un peu faible, l’ intrigue manque
d’épaisseur.
1919 – La transition de Juan Romero (the transition of Juan Romero) / Marginalia. Sauk City, Arkham House, 1944
Le narrateur travaille à la mine d’ or de Norton comme ouvrier en 1894. Arrivée de Juan Roméro dans son équipe, un mexicain
aux traits d’une grande pureté et à la peu très claire. « Seul son visage exprimait une certaine aristocratie. Sale, inculte, Romero se sentait
à l’aise avec ses compagnons au teint basané », il est « élevé par un voleur de bétail mexicain ». Le narrateur porte une bague hindoue qui attire le mexicain. Le chef de
chantier fait exploser une partie de la mine pour creuser plus profond et un puits apparaît, il grandit progressivement et cela
terrorise les ouvriers. Un battement gigantesque se fait soudain entrendre, il semble provenir du gouffre qui vient d'apparaître…
J’avoue ne pas avoir compris cette nouvelle, et plus spécialement la dernière phrase du récit « Je songe alors
que la transition de Juan Roméro fut terrible en vérité ». Pour moi, une transition signifie une transformation. Si quelqu’ un a compris le fin mot de l’ histoire, qu’ il me fasse
signe…
Ah, au fait, j’ai encore relevé dans le texte les mots « lune gibbeuse ». C’est pas que je les compte…
1919 - La malediction de
Sarnath (The doom that came to Sarnath) / The Scot, No. 44 (Juin 1920)
Dans le pays d’Anar,se trouve une cité très ancienne qui s’appelle Ib, au bord d’ un lac, habitée par des
êtres étranges avec « des yeux proéminents, des lèvres pendantes et charnues, de curieuses oreilles, mais pas de voix ». Ces créatures vénèrent une idole de pierre verte
représentant Bokrug, le lézard aquatique qui apparaît quand la lune est gibbeuse (encore ?!?!). Après quelques millénaires, des hommes apparaissent au bord de ce lac et fondent la cité de
Sarnath, près d’Ib. Les habitants de Sarnath détestent ceux d’Ib et finissent par détruire leur cité, sauf l’idole de pierre, qu’ ils emportent avec eux.
Une nuit, on retrouve le prêtre de Sarnath mort, de terreur, apparemment…
1000 ans après la destruction d’Ib, Sarnath organise une somptueuse fête pour cet anniversaire. Et cette nuit là, un prêtre
voit descendre des ombres de la lune gibbeuse (encore un !!!!!)
Ce texte fait partie des contes du recueil, qui mettent en scène des cités lointaines dans une époque
fort éloignée de la nôtre. Bien écrit, mais pas ma tasse de thé : description de la magnificence de Sarnath un peu longue (si vous avez lu « le ventre de Paris » de Zola, vous
comprendrez ce que je veux dire, des descriptions à n’en plus finir qui donnent le tournis…)
1919 - Le bateau blanc (The white ship) / The United
Amateur, 19, No. 2 (Novembre 1919)
Un gardien de phare évoque les souvenirs que lui racontait son père – gardien de phare également - , qui les détenait de
son grand père. Le narrateur évoque un bateau blanc qui venait du Sud. Une nuit, le narrateur embarque sur ce bateau et il arrive au pays de Zar, de toute beauté, puis voit Thalarion
« la cité des mille merveilles », ou il ne faut pas accoster, car peuplée de fous. Puis passe au large d' une autre ville, Xura, pays des plaisirs inaccessibles, mais à l'odeur
pestilentielle. Ils finissent par jetter l’ancre au port de Sona-Nyl, le « pays de l’ imagination » et passent sur un pont doré formé par des rayons de lune (non, elle n’est pas tout le
temps gibbeuse). Le narrateur souhaite ensuite rejoindre Cathurie, une autre cité merveilleuse, et y parvient, par ruse. Et là….je vous laisse découvrir la suite dans le bouquin.
Thèmes : voyages dans l’ imaginaire, qui laisse des traces physiques dans le monde réel, il s’agit encore d’ un conte,
moralité sur la vanité de l’’Homme ?
1920 - Les chats d’Ulthar (Cats of Ulthar) / The
Tryout, 6, No. 11 (Novembre 1920)
Encore un conte : A Ulthar, il est interdit de tuer les chats. Un couple de paysans, craints par tout le
village, suppriment tous les chats qui s’aventurent dans leur propriété. Un jour, des voyageurs « à la peau sombre » arrivent dans le
village. Un jeune orphelin, qui fait partie de ce groupe, possède un chaton noir, qu’il ne trouve plus le lendemain matin. Les gens du village lui parlent du couple de paysans. Le petit garçon se
met alors à méditer. Un soir, l’aubergiste croit voir tous les chats d’Ulthar dans la cour de la chaumière du couple. Et la...
Lovecraft aime les chats, il a écrit plusieurs nouvelles dans lesquelles on les retrouve (il leur a consacré un
poème). Joli conte, mais un peu maigrelet.
1920 - De l’au-delà
(From Beyond) / The Fantasy
Fan, 1, No. 10 (Juin 1934)
Le narrateur raconte la déchéance physique de son ami, épuisé par des recherches métaphysiques sur une autre dimension,
dans la quelle on peut accéder par une machine. Dans cette dimension errent des entités maléfiques, toujours à la recherche de nouvelles proies. Son
ami lui propose un jour de l’accompagner…
Un bon texte, la tension, qui monte progressivement est digne des meilleurs Lovecraft
1920 - Le temple (The temple) / Weird
Tales, 6, No. 3 (Septembre 1925)
Manuscrit trouvé sur la côte au Yucatan : En 1917, Karl Heinrich, commandant d’ un sous marin U29 de la flotte
allemande raconte dans son journal de bord que son navire a été coulé. Il raconte comment son équipage est devenu fou suite à la découverte d’un tête
de marbre gravée sur le corps d’ un jeune homme agrippé au sous marin. Lecture trés agréable, encore une fois avec un bon rendu sensoriel et une identification au personnage très forte vu sa
situation très précaire (sous marin en panne, au fond de la mer, commandant peu à peu dans l’ obscurité totale). J'ai beaucoup aimé cette nouvelle : Un mélange bien sympathique de situation
inquiétante dans la vie réelle, un soupçon de mythologie, et beaucoup de tension...
On notera que Lovecraft dépeint le capitaine allemand par des termes peu flatteurs : fier, imbu de sa personne. On
sent que l'auteur a voulu se moquer de l’idée que certains allemands de pure souche et nazis pouvaient avoir d’eux-mêmes à cette époque.
1920 - L’arbre (The tree) / The
Tryout, 7, No. 7 (Octobre 1921)
Sur le mont Ménale ,en Arcadie, se trouve une villa près d’une oliveraie. Le narrateur évoque un olivier qui a une forme
assez curieuse, qui rappelle un être humain. Encore un nouveau conte qui se situe dans un pays imaginaire; et qui m’a peu marqué, j’ai donc un peu de mal à en parler. Ce texte est un peu
faible, je trouve.
1920 - Celephais (Celephais) / The
Rainbow, No. 2 (Mai 1922)
Les rêveries de Kuranès, un londonien ruiné. Il cherche son salut dans le rêve, sa maison d’enfance, et surtout, Celephais,
ville idéale qu’ il crée dans son esprit, et dans laquelle il revient souvent en rêve.
Un conte, à nouveau : description de paysages qui baignent dans une lumière dorée, cité aux portes de bronze. Lecture
agréable, sans plus.
1920 – La poésie et les
dieux (Poetry and Gods) /The United
Amateur, 20, No. 1 (Septembre 1920)
Après la guerre. Marcia, jeune bourgeoise, rêvasse dans son salon aux oliveraies de l’Arcadie (on y revient…voir plus haut
la nouvelle « L’arbre »), car elle trouve le monde contemporain laid. Les Dieux du Parnasse viennent lui parler dans son sommeil (Apollon, Aphrodite, etc) et s'adressent à elle
en vers…
Honnêtement, je n’aime pas trop les contes de Lovecraft, qui plus est sous forme de poesie.J' avoue l'avoir lue en
diagonale…
1920 - La rue (The street) / The
Wolverine, No. 8 (Decembre 1920)
Lovecraft raconte ici les changements successifs intervenus dans “La Rue”, aux USA depuis sa création par les migrants
anglais (« des hommes forts et courageux »), jusqu’ à son autodestruction, suite aux différents types de populations qui s'y sont succédés.
Lovecraft déteste les étrangers qui sont la cause de la déchéance de la rue. Il les décrit comme des « visages
basanés, sinistres, aux traits grossiers et aux regards furtifs ». Il ne régnait plus dans la rue « que la peur, la haine et l’ignorance ».
Seconde salve sur les étrangers un peu plus loin : « il y avait dans leurs yeux à tous une inquiétante lueur
malsaine ».
Nouvelle intéressante, une sorte d’étude sociologique d'un quartier.
1921 - La quête d’Iranon (The quest of Iranon) / The
Galleon, No. 5 (Juillet Aout 1935)
Conte.
Un jeune home “le front ceint d’une couronne de fleurs de vigne” vient d’Aira, la ville idéale, et cherche à la retrouver : Quête vaine, hommes désenchantés.
Thème : Recherche du Paradis perdu. Joli, sans plus.
1921 - Les autres dieux (The other Gods) / The Fantasy
Fan, 1, No. 3 (Novembre 1933)
Les dieux du monde vivent désormais à Kaddath, un pays inconnu des hommes et souhaitent par-dessus tout ne plus être dérangé par eux. J’avoue ne pas l’avoir lue complétement… (encore un conte, sans commentaires).
1921 / 1922 - Herbert West
réanimateur (Herbert West, reanimator) / Home Brew, No. 1 (Fev. 1922), No. 2 (March 1922), No. 3 (April 1922), No. 4 (May
1922), No. 5 (June 1922), No. 6 (Juillet 1922)
Peut-être une des nouvelles les plus percutantes de ce recueil : du Lovecraft grand format et bien épicé. Herbert West
et le narrateur sont étudiants à la faculté de médecine d’Arkham.
Ils mènent de curieuses expériences dont le but est de ressusciter les morts. Nous suivons leurs expérimentations au
cours de 6 chapitres (car la nouvelle a été publiée initialement en 6 épisodes).
Ecriture très visuelle, on imagine très bien les scènes décrites (comme dirait Lovecraft « je ne peut pas vous les
décrire, car elles sont tellement horribles que j’ai peur de perdre la raison en vous les racontant »), avec un suspense très bien entretenu. En fin de chapitre 1, il laisse le lecteur
imaginer le pire, en toute fin de chapitre 2, une phrase choc qui glace le sang (j’adore le procédé !) : « Bon sang, il n’était pas tout à fait frais… » (je vous
laisse deviner de quoi il parle – non, c’est pas de son yogourth aux fruits).
Du très grand Lovecraft. A lire absolument.
1922 ? - Azathoth
(Azatoth) / Leaves, 2 (1938)
Encore un conte.
Le monde est devenu vieux, les hommes désabusés. Un homme part à la recherche
de ses rêves perdus. A force de scruter les étoiles, il y parvient…Texte très court : 2 pages (heureusement).
1922 – Hypnos
(Hypnos) / The National
Amateur, 45, No. 5 (Mai 1923)
Le narrateur raconte sa rencontre avec son seul ami, dont le visage semble provenir des sculptures d’un temple de la Grèce
antique. Ils parlent longuement des mécanismes du monde et commencent à rêver aux moyens de le maîtriser. Leurs rêves deviennent des voyages aux confins de l’Univers, au moyen de drogues. Un
jour, son ami, le plus ambitieux des deux, a une vision d’horreur qui le détruit.
Texte poétique, avec la touche d’horreur qui lui évite de tomber dans le mièvre. Lovecraft évoque ici la vanité des hommes qui croient pouvoir maîtriser les forces cosmiques.
Nota : Hypnos = Dieu du sommeil . Ce texte m'a beaucoup plu.
1923 – Le festival
(The festival) / Weird Tales, 5, No. 1 (Janvier 1925)
Le narrateur revient dans le port de pêcheurs de son enfance, Kingsport, au bord de la mer orientale, pour y célébrer la
coutume de l’Yuletide, fêtée une fois par siècle (rituel du solstice de noel), avec « ceux de son peuple » (on ne connait pas les liens de parenté du narrateur avec ces
personnes).
Il se retrouve dans une maison des années 1600. Des personnes aux étranges masques de cire s'y trouvent. Elles assistent à
une cérémonie en haut d’ une colline, qui se termine dans les entrailles de la terre, dans des cryptes innommables…
Ce texte rappelle assez « Prisonnier des pharaons », mais le dépaysement en moins.
Le récit commence bien, mais perds en épaisseur vers la fin.
1924 – Prisonnier des
pharaons (Imprisoned with the Pharaons ou Under the pyramids)/ Weird Tales, 4, No. 2 (Mai juin juillet 1924) Texte écrit en collaboration avec Harry Houdini.
Ce texte est une perle, vous êtes prévenus :
Le narrateur visite les pyramides d’Egypte. Ses guides, des filous, le ligotent et le font basculer dans un puit. Le
narrateur fait part de ses doutes quant aux sensations ressenties lors de la chute. Dans sa frayeur, son esprit déraille : Il s' Interroge sur l’aspect physique du Sphinx : pourquoi un corps
de lion avec une tête d’humain ?
Les choses qu’il découvre dans les couloirs de la pyramide n’ ont pas vu la lumière depuis plusieurs siècles. Elles sont
monstrueuses, dans tous les sens du terme.
Empathie maximum avec le narrateur : Ligoté, dans le noir, dans un puits humide aux relents nauséabond. Il traverse
l’enfer avant de trouver la sortie…On peut penser que la collaboration de Lovecraft avec Houdini a porté sur comment se libérer lorsqu’ on a les mains et pieds liés par des cordes, mais
malheureusement, on ne retrouve quasiment pas d’explications de ce style dans le texte… Un texte fabuleux qui vous fait voir du pays, et des choses, mon Dieu, je n'ose même pas les décrire
ici, je pourrai perdre la tête...
1925 – Lui (Him ou He) / Weird
Tales, 8, No. 3 (Septembre 1926)
Le narrateur qui s’est exilé à New York raconte sa désillusion concernant la
beauté de la ville. Et on retrouve à nouveau les « étrangers basanés et trappus, avec des visges durs et des yeux étroits, rusés et sans
rêves ». Il habite Greenwich et finit par ne sortir que la nuit, ou la laideur de la ville est moins visible.
Il finit par affirmer que la ville est morte. Il rencontre un homme qui lui fait visiter des quartiers très anciens et très
beaux, dans lesquels il habite.Une fois rendus chez lui, l’homme étrange lui montre par la fenêtre des paysages inconnus…
Une histoire qu’on suit avec plaisir, dans laquelle on retrouve une nostalgie et un rêve du beau, épicé par un peu d’
horreur…
Texte inspiré de la période ou Lovecraft habitait le quartier de Red Hook à New York en 1924. Il en part car finit par
trouver la ville laide.
1925 – Horreur à Red Hook (the horror at Red Hook) / Weird Tales, 9, No. 1 (Janvier 1927)
Texte en 7 chapitres : Village de Pascoag (Rhode Island) : Un homme pousse des cris d’horreur en passant devant
un ancien bâtiment. C’est un ancien policier à la retraite, qui a travaillé pendant sa carrière sur une curieuse affaire dans le quartier de Red Hook
(à Brooklyn, New York): Le quartier est décrit comme une Tour de Babel, bruyante et malpropre. Revenons donc à l’affaire Robert Prydam,
sur laquelle a travaillé notre ancien policier : C’est un vieil homme dont la famille exige un jugement sur son intégrité mentale. Ce dernier se met à acheter d’étranges volumes et à
fréquenter des individus louches ; Il rajeunit, se marie. En parallèle, plusieurs enfants disparaissent…
Texte agréable, sans plus.
1926 – L’Etrange maison haute dans
la brume (The strange high house in the mist)/ Weird Tales, 18, No. 3 (Octobre 1931)
Kingsport. Une étrange maison se dresse sur la falaise, selon des autochtones, elle a toujours été là. On dit que son
habitant converse avec les brumes. Un habitant décide un jour d’aller voir de plus près…… Un peu long et ennuyeux, il ne se passe pas grand-chose dans cette nouvelle molle… En réalité, on dirait
un fragment de nouvelle inachevée…
1926 ? – Le
descendant (The descendant) / Leaves, 2 (1938)
Le narrateur explique qu’il est sur son lit de mort. Il évoque un homme qui hurle quand les cloches sonnent. Un jeune
homme, qui jouxte la chambre d' hôpital du narrateur, finit par gagner sa confiance et apprends que le vieil homme possède un chateau sur lequel courent d’étranges rumeurs. On s’attend à un
récit passionnant et finalement, il se termine en eau de boudin. Encore une fois, on dirait un récit inachevé : Pourquoi cet homme hurlait lorsque les cloches sonnent ? Lovecraft ne
réponds pas à cette question.
1934 ? – Le livre (The book) / Leaves, 2 (1938)
Le narrateur raconte son expérience de lecture d’un vieux grimoire que lui a vendu un moine à moitié fou (Abdul Al-Hazred?)
qui le fait voyager dans d’autres dimensions, et cela est dangereux. S’agit-il du Nécronomicon ?. Cela n’est mentionné nulle part, mais Lovecraft y pensait sans doute. La nouvelle rappelle
celle nommée « De l’au-delà ». Nouvelle très courte (4 pages). On aurait aimé une description plus poussée de ce livre qui est le personnage central de ce texte : Y avait-il des
illustrations, enluminures, etc ? Un bon début, mais une lecture un peu frustrante.
1934 – La chose dans la clarté
lunaire (The thing in the moonlight) / Bizarre, 4, No. 1 (Janvier 1941)
Nouvelle très courte : 5 pages. Le narrateur lit ce que son ami Morgan a écrit dans un calepin par désespoir, car il
fait de curieux rêves dont il ne parvient pas à se réveiller et se retrouve toujours face à une créature avec un curieux visage. Evocation du
Ctuhlu, une des figures les plus célèbres de Lovecraft. Texte trop court, comme un galop d’essai…
1935 – Dans les murs d’Eryx (In the walls of Eryx)/ Weird Tales, 34, No. 4 (Octobre 1939) Ecrit en collaboration avec
Kenneth Sterling.
Nous suivons un cosmonaute qui atterit sur Venus pour épauler une autre équipe qui exploite des mines de cristal, également
convoitées par des hommes lézard, les vénusiens. Un jour, il part à la recherche d’un collègue qui n’est pas rentré de sa mission. Il aperçoit son
corps, et au moment del'approcher, il se heurte à des parois translucides…
Un texte de plus de 40 pages, la nouvelle la plus longue de ce recueil. Très agréable, suspens bien construit, lecture
fluide. Nouvelle 100 % Science-Fiction,inhabituel pour Lovecraft. Texte écrit en collaboration avec Kenneth Sterling, un jeune auteur de SF.
1937 – Le clergyman
maudit (The evil clergyman, ou The wicked clergyman) / Weird Tales, 33, No. 4 (Avril1939)
Pour information, Le Larousse explique qu’ un clergyman est un ministre du culte anglican (je viens encore d’apprendre
un mot…).
Nouvelle courte, de 6 pages, très intéressante : Le narrateur visite une mansarde qu’ il a l’ intention d’habiter, et
trouve un curieux objet de la taille d’ une boite d’allumette, qui libère de petites silhouette à l’action de la lumière, dont un évêque et une sorte
de prêtre anglican, un clergyman, précédent habitant du logement, décédé, mais dont on a pas retrouvé le corps. Il y a des ouvrages de magie sur les étagères. Thème : La possession, la
survie de l’âme après la mort : Lorsque le narrateur se regarde dans une glace suite à sa visite, il a une désagréable surprise… Ce texte est très bon, on dirait un mauvais rêve, avec des
éléments incongrus, mais avec tout de même une logique.
On peut noter que toutes les nouvelles ont été écrites à la première personne du singulier. On retrouve très souvent le
terme « Lune gibbeuse » : selon le Larousse, ce terme désigne « un astre dont la surface éclairée visible occupe plus de la moitié du disque ». C’est amusant, car avant de
regarder dans le dictionnaire, j’ai toujours cru que cela voulait dire que la lune était entourée de brume…
On notera également que dans plusieurs nouvelles, les étrangers sont systématiquement décrits comme des êtres fourbes et
incultes (non, je n’invente pas l’eau chaude, il est bien connu que Lovecraft avait des tendances racistes, mais quand on lit de près ses textes, on en a la confirmation éclatante).
Ce recueil a été publié après la mort de Lovecraft.
En conclusion, un recueil un peu inégal de par la
qualité des textes, mais qui vaut tout de même le détour pour certaines perles telles qu’ « Herbert West », « Prisonnier des pharaons », « La Tombe »,
« Dagon », « Horreur à Red Hook », « Hypnos », etc. Je l’avais lu pour la première fois vers 15 ans, et je me souviens
qu’en lisant la nouvelle "Herbert West", j’avais tellement eu la trouille que j’ai dû le lire en plusieurs fois. J’avais gardé de ce bouquin un souvenir fabuleux, mais aujourd’hui, j’avoue être
un peu déçue, surtout par les textes qui s’apparentent à des contes (10 textes sur 30, tout de même), qui me tombent des mains…Un recueil à ne pas lire tout de suite si vous ne connaissez pas
Lovecraft ; Il en existe d’autres plus percutants qui vous laisseront une meilleure image de ce dont Lovecraft est capable : « Par delà le mur du sommeil », ou « Je suis
d’ailleurs », par exemple, tous les deux en Folio SF.
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